« Créer un catalogue culturel pour les 0–4 ans, c’est d’abord une démarche collective : convaincre, obtenir un soutien politique et construire des ponts durables entre la petite enfance et le monde culturel. »
Interview avec Elsa Veillard chargée de projet au Service de la petite enfance de la Ville de Lausanne.
À la suite de la participation d’Elsa Veillard à la 5e Conférence nationale de Lapurla (novembre 2025) et de la parution d’un article de la Ville de Lausanne consacré à son travail, nous avons souhaité lui donner la parole.
Chargée de projet au Service de la petite enfance de la Ville de Lausanne, Elsa Veillard est à l’origine d’un projet pionnier :la création d’un catalogue culturel pour les enfants de 0 à 4 ans du Réseau-L.
Dans cette interview, elle revient sur la naissance de cette démarche, les conditions politiques et institutionnelles qui ont permis sa mise en œuvre, le rôle des équipes éducatives et des artistes, ainsi que les enjeux de qualité des propositions culturelles pour la toute petite enfance.
Un témoignage inspirant pour toutes les communes qui souhaitent, à leur tour, ouvrir des espaces de création et de participation culturelle dès les premières années de vie.

Comment est née l’idée de créer un catalogue culturel du Réseau-L pour les enfants en âge préscolaire à Lausanne?
Comme il existe un catalogue d’offres culturelles pour les enfants en âge scolaire à la Ville de Lausanne depuis plusieurs années, il me semblait évident qu’il fallait faire une proposition pour les enfants d’âge préscolaire.
Si tu devais présenter le catalogue en quelques mots : qu’est-ce qu’il propose et à qui s’adresse-t-il exactement ?
Le catalogue s’adresse aux enfants d’âge préscolaire fréquentant les lieux d’accueil du Réseau-L. La phase pilote, qui a débuté en septembre 2025 et se termine en mars 2026, propose neuf dates de propositions artistiques dites d’arts vivants.
Qu’est-ce que tu voulais rendre possible pour les enfants grâce à ces propositions culturelles ?
Je souhaite répondre au droit de l’enfant en matière d’accès à la culture et de participation, ainsi que montrer au personnel éducatif qu’il est possible de proposer des arts vivants aux très jeunes enfants tout en les faisant participer.
Dans une commune, monter un projet comme celui-ci implique souvent de convaincre, structurer, financer, coordonner. Qu’est-ce qui t’a permis de faire avancer le projet au sein de la Ville de Lausanne ?
Le chef de service, M. B. Martinelli, ainsi que M. le Municipal D. Payot m’ont permis de faire une démarche politique afin d’obtenir un budget. Ils ont appuyé ma demande, car ils en étaient convaincus, à la suite de discussions entre nous.
Comment as-tu mobilisé les institutions ou acteurs culturels pour qu’ils participent, et qu’est-ce qui les a aidés à oser créer pour les 0–4 ans ?
J’ai fait appel à des compagnies et à des festivals avec lesquels j’avais déjà eu des liens professionnels, ou qui m’ont été recommandés par Sonia Meyer, du Service culturel de la Ville de Lausanne.
C’est grâce à elle que j’ai pu mettre en place un budget réel pour la rémunération des artistes.
Certains d’entre eux avaient déjà fait des propositions pour les jeunes publics. En revanche, pour le nouvel appel à projets, je réponds à beaucoup de questions de personnes intéressées à déposer une proposition, et c’est là que nous verrons comment se déroulent ces projets, avec des spectacles et d’autres propositions qui n’ont jamais été joués pour un public si jeune.
Qu’est-ce qui fait, selon toi, la qualité d’une proposition culturelle destinée à des enfants en âge préscolaire ?
La qualité dépend, d’une part, de l’investissement de la compagnie, de sa connaissance du jeune public, de sa capacité à appréhender le temps, et de proposer des ateliers avec les enfants sans attendre de résultat, ni que chaque enfant participe.
D’autre part, il s’agit d’écouter les enfants, de les observer et de faire des propositions simples, sans beaucoup de technique.
Quel rôle jouent les structures préscolaires du Réseau-L et les équipes éducatives dans ce projet ?
Un groupe Ressource culture et tout-petits, que je « chapeaute », travaille toute l’année pour réfléchir à ce qui convient le mieux à un jeune public.
Les structures accueillent les propositions culturelles tout en s’investissant pour le bon déroulement de celles-ci.
Dans certains lieux, la participation culturelle est inscrite dans le projet pédagogique ; elle a donc été réfléchie en équipe.
Si une autre ville souhaite créer son propre catalogue culturel pour la petite enfance, quels seraient tes trois conseils essentiels pour se lancer ?
Convaincre, si nécessaire, le personnel éducatif du bien-fondé de cette démarche.
Aller en parler aux politicien·ne·s afin d’obtenir un budget.
Faire beaucoup de réseautage avec les milieux artistiques.
Travailler en équipe pour créer ce catalogue.
Merci beaucoup pour l’interview !
06.02.2026