Lapurla

Contexte

Les fondements de l’initiative Lapurla, ce qu’elle souhaite faire bouger et ce qui la distingue d’autres projets

L’initiative Lapurla s’inscrit dans un contexte théorique, politique et social. Il en ressort un « sentiment d’urgence » devant mener à un changement du paradigme éducatif et donc à une évolution sociétale.

Fondements théoriques

Avec le « Cadre d’orientation pour la formation, l’accueil et l’éducation de la petite enfance en Suisse », nous disposons d’un premier document de référence sur les besoins et les droits des tout-petits. Il pose les fondements de mesures efficaces, adaptées aux tout-petits. Sur la base du cadre d’orientation, la brochure thématique Éducation esthétique & participation à la vie culturelle – dès le début ! (en allemand, ci-après brochure thématique) met notamment l’accent sur les espaces d’expérimentation culturelle pour les enfants de 0 à 4 ans. Pour parvenir à une amélioration tant quantitative que qualitative en matière de développement esthético-culturel dès la petite enfance, la brochure thématique définit les champs d’action et de développement suivants :

• Liberté d’expression – dès le début !

• Espaces de liberté et Community Education

• Parrainages co-constructifs • Droits des enfants dans les contrats de prestations de la culture et des institutions culturelles

• Rendre la qualité visible et gratifiante

 

Cette brochure a suivi une rencontre basée sur le dialogue (mai 2016) à laquelle ont participé des spécialistes invités et des responsables des milieux de la culture, de la petite enfance, de la formation et des affaires sociales ; ils y ont discuté des objectifs de la participation culturelle par le biais de l’éducation esthétique. Lors du lancement réussi en mai 2017, les participants issus de diverses disciplines ont exprimé le besoin de multiplier des projets permettant l’éducation culturelle des jeunes enfants en se basant sur la brochure thématique.

Fondements politiques

Message culture de la Confédération 2016-2020

Le renforcement de la participation culturelle est l’un des trois axes d’action de la politique culturelle de la Confédération. Il doit viser à promouvoir l’engagement individuel et collectif envers la culture et la participation active à la conception de la vie culturelle. Participer à la vie culturelle, c’est se rendre compte de ses propres influences culturelles, développer son identité culturelle et contribuer à la diversité culturelle de la Suisse.

Manifeste Arst&Education 2010

Le Manifeste Arst&Education 2010, lancé le 17 juin 2010 à Lucerne à l’occasion d’un symposium national organisé par la Commission suisse pour l’UNESCO, a réuni plus de 200 représentants des milieux artistiques, éducatifs et politiques.

L’éducation culturelle et artistique développe la sensibilité, la capacité de création, d’expression et de communication des enfants et des jeunes. Elle les aide à construire, durant leur scolarité et plus tard en tant qu’adultes, des relations novatrices et fructueuses avec le monde qui les entoure.

Coalition Ready !

Le but de Ready ! est la mise en œuvre d’une politique globale de la petite enfance. Des acteurs engagés et des institutions des milieux politique, économique et scientifique, de la société civile et des domaines spécialisés s’y engagent conjointement.

Charte sur la qualité de l’accueil extrafamilial

La charte comporte 16 critères pour la qualité de l’accueil extrafamilial. Ces critères reposent sur les principes suivants :

  • garantir le bien-être de l’enfant et de sa famille;
  • promouvoir le développement de l’enfant au travers de son accueil, de son éducation et de sa formation;
  • promouvoir l’égalité des chances;
  • collaborer avec des partenaires;
  • développer et assurer la qualité de l’accueil extrafamilial;
  • recruter, développer et fidéliser le personnel;
  • développer et consolider l’offre d’accueil extrafamilial;
  • encourager la recherche, améliorer la base de données.

Manifeste pour l’éducation de la petite enfance

À partir des expériences réalisées avec le Cadre d’orientation pour la formation, l’accueil et l’éducation de la petite enfance, la Commission suisse pour l’UNESCO et le Réseau d’accueil extrafamilial placent les conditions actuelles de l’accueil extrafamilial sous les feux des projecteurs et formulent quatre objectifs à l’intention des acteurs politiques, économiques et administratifs :

1. QUALITÉ : reconnaître la valeur et le potentiel à tirer de prestations de haute qualité destinées aux tout-petits.

2. RECONNAISSANCE : offrir aux professionnels de la petite enfance la reconnaissance qu’ils méritent et des conditions de travail adéquates.

3. ALLÈGEMENT DE LA CHARGE FINANCIÈRE : réduire la charge assumée par les parents grâce à un engagement financier plus important et garanti de la part de l’État et de l’économie.

4. POLITIQUE DE LA PETITE ENFANCE : répartir clairement les compétences entre communes, cantons et Confédération pour une «politique de la petite enfance» efficace.

Education de la petite enfance

L’UNESCO considère l’apprentissage durant les premières années de vie comme la base de tout le développement ultérieur d’une personne. Sur cette base, et dans le cadre de l’Agenda global de l’éducation 2030 (sous-objectif 4.2 « Faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons aient accès à des activités de développement et de soins de la petite enfance et à une éducation préscolaire de qualité qui les préparent à suivre un enseignement primaire »), la Commission suisse pour l’UNESCO s’engage pour une meilleure égalité des chances et pour la qualité dans l’éducation culturelle de la petite enfance en Suisse.

Bases juridiques

Art. 31 al. 1 de la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant

Droit au repos, aux loisirs et au jeu

(1) Les États parties reconnaissent à l’enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique.
(2) Les États parties respectent et favorisent le droit de l’enfant de participer pleinement à la vie culturelle et artistique, et encouragent l’organisation à son intention de moyens appropriés de loisirs et d’activités récréatives, artistiques et culturelles, dans des conditions d’égalité.

Réseau suisse des droits de l’enfant: le droit aux loisirs, au jeu et au repos (champ d’action)

Les loisirs, le jeu et le repos sont fondamentaux pour le bon développement d’un enfant. Le jeu permet notamment aux jeunes enfants de se développer et de découvrir leur créativité. De plus, le jeu et le sport favorisent l’apprentissage social et renforcent le sens de la communauté. À première vue, cela ne semble pas poser problème, mais dans ce domaine également, la Suisse doit faire face à plusieurs défis. D’une part, dans la société de consommation et de performance d’aujourd’hui, les enfants et les jeunes ont de moins en mois de temps libre, et d’autre part, ceux issus de familles économiquement et socialement plus défavorisées sont désavantagés lorsqu’il s’agit de participer à la vie culturelle. Il est donc important de promouvoir les offres des associations et des organisations de jeunesse ainsi que le travail avec les enfants et les jeunes à l’échelle communale. Bon nombre de ces offres au niveau cantonal, régional et local reçoivent déjà un soutien étatique.

Sense of Urgency (une sensation d’urgence)

Dans les faits, il n’existe actuellement quasiment aucune offre de participation culturelle pour les enfants de 0 à 4 ans, ni de réelles structures de soutien. Pour de multiples raisons:

 

• politique éducative uniquement à partir de l’école enfantine : en Suisse, la formation ne commence officiellement qu’après l’entrée en école enfantine, c’est pourquoi les structures de promotion culturelle ne sont souvent établies qu’à partir de ce moment-là. Résultat : des institutions de la petite enfance, telles que crèches et groupes de jeu, n’ont que rarement accès à des subventions dans le domaine culturel ;

 

• jusqu’à présent, les institutions de la petite enfance n’ont guère de savoir-faire en matière d’allocation de ressources pour la promotion de l’éducation culturelle : du côté de la petite enfance, il y a encore peu de sensibilisation à la valeur éducative de la participation culturelle. De plus, il existe un manque fondamental de connaissances en matière de structures de financement, et par conséquent sur le savoir-faire pour solliciter des subventions. Les ressources en temps et en personnel pour se consacrer à cette thématique font également défaut ;

 

• la transmission culturelle et artistique n’est que peu ciblée sur le groupe des tout-petits : du côté de l’éducation culturelle et artistique, les enfants de 0 à 4 ans et leurs personnes de référence ne constituent que rarement un groupe cible pour des offres culturelles. Les exemples et les modèles font défaut, les inhibitions et la crainte de l’inconnu sont grandes ;

 

• absence de politique de la petite enfance : ces dernières années, la Confédération, les cantons et les communes, mais aussi des initiatives privées et des fondations indépendantes, ont commencé à améliorer les conditions-cadres pour l’éducation des enfants au moyen de concepts, d’études et de programmes de soutien. Mais la nécessité d’agir reste importante. S’il s’avérait impossible d’établir une politique cohérente aux divers niveaux étatiques en y impliquant la société civile, les mesures actuelles resteraient isolées et inefficaces. Pour une participation culturelle effective dès la prime enfance, la collaboration entre les milieux de l’éducation, de la culture et du social est indispensable.

Insertion dans le contexte social

En raison de sa complexité croissante, notre société se voit confrontée à des défis majeurs. L’évolution démographique, les conséquences de la globalisation, les flux migratoires mondiaux et la progression de la numérisation sont les moteurs de changements dynamiques influençant notre vie en commun. On attend des membres de la société qu’ils engagent le dialogue et fassent preuve d’innovation pour relever ces défis. Concrètement, cela signifie pour chaque membre de la société que sa capacité à résoudre des problèmes – c’est-à-dire à repenser les choses et à les mettre en œuvre – sera très importante pour comprendre et façonner ce changement en mouvement perpétuel.

Promouvoir la créativité par le biais d’une éducation qualitative et esthétique n’est ainsi pas un « luxe ». Il ne s’agit ni de créer des offres pour légitimer des institutions culturelles existantes, ni de renforcer le profil des structures d’accueil extrafamilial. Il s’agit plutôt du développement durable d’une société dont les membres reçoivent une éducation culturelle et esthétique qui leur procure dès l’enfance

• de nouvelles perspectives ;

• une manière d’apprendre à penser et à agir en toute indépendance ;

• de la confiance en eux-mêmes ;

• une capacité de trouver des accords et

• de défendre leurs droits dans la société.

 

Les premières expériences d’apprentissage d’un enfant sont déterminantes et marquent durablement la manière dont il se perçoit et dont il perçoit le monde. En partant du principe que les tout-petits sont extrêmement créatifs ! Ils abordent le monde avec tous leurs sens, ont une volonté de découverte illimitée et une grande envie d’expérimentation. Le jeu et l’activité artistique des tout-petits sont indissociables et peuvent être considérés comme des stratégies d’apprentissage créatives. Qu’un petit enfant devienne créatif ne dépend que de son entourage et des conditions cadres permettant des expériences esthétiques et la participation culturelle.

Ce qui différencie Lapurla d’autres projets

Jusqu’à ce jour, il n’existe que peu de projets comparables à l’interface entre culture et petite enfance. Nous nous référons donc à une comparaison avec des offres culturelles bien établies dans les domaines scolaire et d’accueil extrafamilial à l’intention des enfants plus âgés. Les caractéristiques distinctives sont les suivantes :

 

(1) Approche co-constructive. Seule une approche pédagogique co-constructive permet aux adultes d’accompagner des enfants de 0 à 4 ans en respectant leur développement. Cela signifie que des adultes accompagnent les enfants dans leur curiosité enfantine et que leur espace de développement est co-construit dans le cadre d’un dialogue entre eux et les adultes. Une approche trop fortement encadrée, dans laquelle des contenus préalablement définis sont appliqués selon un plan ou un programme (d’enseignement) fixe, risque de ne pas pouvoir être connectée avec les enfants et de n’avoir aucun effet pédagogique (désintérêt, refus, résistance). Nous sommes convaincus de la force du processus co-constructif : c’est la raison pour laquelle l’initiative Lapurla est elle-même développée et mise en œuvre de manière co-constructive dans le cadre d’un tandem interdisciplinaire.

 

(2) Community Education et durabilité. Chez les enfants de 0 à 4 ans, les distances sociospatiales lors des visites culturelles sont limitées afin de ne pas les fatiguer au préalable par de grands déplacements. Les institutions avoisinantes disposent ainsi de conditions avantageuses pour collaborer entre elles. La proximité facilite des partenariats durables afin faire bénéficier les enfants d’une offre continue et institutionnalisée. Dans les projets dans lesquels des artistes mènent des recherches avec des enfants de crèches et de groupes de jeu, l’implication préalable des éducateurs, en l’absence des enfants, est très importante pour un accompagnement favorisant la créativité des enfants.